Relevés / 1

 

Illustrations: Michel Jarlaud

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Suite de "Relevés"

 

Neige blanche, terre noire. Corbeau: l'encre au ciel pâle.
Sitôt l'arrêt, le gel entreprend l'os. Mais l'on reste pourtant, cette durée de pierre au creux
du genou, pour cette paix qui se charpente, à l'heure des tables mises où les midis
s'échauffent.
Le ciel s'efforce au toit de l'oratoire et fouille. Le dernier bouquet d'oeillets s'effrite et l'on
pressent aux ronces que se brocante ailleurs la litanie des saints, dénichés.

Sur la carte, la croix supporte les voies de la terre et leurs soucis horizontaux.

 

 

 

Le pierrier dévale, sonore et braque. S'ébroue dans une cendre de
ronces et de clématites.
En bas, la vigne, sentencieuse et cardée, sent son homme; il taille,
du cep épargnant deux jets: l'un, plus long, portera l'année; l'autre
s'aguerrira d'un hiver encore, avant le fruit.
La fumée des sarments s'étire, en tournant noue les rangs. La
maison de quatre heures s'assied à l'ample lumière au pied du
cerisier. Le sécateur oublie un instant le tranchant. Mangeant
debout, buvant le vin noir, l'homme hâte sa vendange des yeux.
Plus tard, un caillou, déterré du pied, ricoche au gris du pierrier.
Presque en conjuration.


Les murs y sont épais et les fenêtres chiches, obligeant un silence
où des fatigues cendreuses et des gloires splendidement s'ajustent.
Le fourneau ne craint pas de chanter et sa chaleur béante
embaume.
Dehors, on réveille une trappe de cave; l'homme revient, verse un
vin rose pâle et glacé qui aigrira le ventre.
Une journée se ferme à l'angle de la nappe; la paume appuie le pli
blanchi dans la coïncidence des marques au point de retombée.
Repartir aux lambeaux du jour.
L'air fouaille. Le frisson défait. L'almanach de la poste annonçait
de la neige à la lune montante

Ce blanc d'onglée tasse les bistres et les gris battus des friches. Les gratte-cul confits s'éteignent.
L'odeur de nord est pauvre, la lumière reconnue comme trop étroite, inhabitable au chant.
C'est un jour où les lointains détonent; on soustrait les gibiers aux museaux des chiens soûls; les
carniers ballottent des sangs frustes, tous corps baissés à la matière: des peaux, des plumes et des
viandes.
L'horizon bée, les coagulations gagnent; le clapot de l'eau, dans le sac, bien seul nargue le gel.
La vie? Avec, en ses fonds, l'autre courage du grain, le sol y croit.

Dur comme fer.

 

 

Le regret, parfois.
L'envie de rebrousser chemin.
On voudrait ne pas avoir enfreint telle trêve sur la coupe lardée qu'un vent de nord libre cautérise
encore. Peu alors importe leur neuve humanité d'âtre ou de charpente: les troncs manquent.
Ou bien, ailleurs, on voudrait ne jamais avoir surpris les dents ouvertes du renard. Sa mort crottée,
crachée du bois. On voudrait. Mais le poil est trempé, le roux caillé de glace. On sait à peine assez
de fables pour contenir les restes.

 

 

De place en place, les semis fiers, are au cordeau des jardins
défendus de lattes. Le sédentaire s'interdit du chemin; son
enclave est le lieu des soupes, de l'économe et du certain.
Les saisons sont en place, gardées de la paresse autant que de
l'exubérance; la terre quadrille un temps méticuleux. La main
désherbe, égrène et taille; le dos, les genoux cassent mais en
sera nourri le lendemain du ménage.
Une rhubarbe, bouffonne ici.
Le jardin se berce de la pluie, le tonneau bâille à la gouttière de
la cabane; un seau conjure à son côté durablement le manque.
Un sarcloir, oublié, rouillera.

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